Fakes & forgers

Wolfang Beltracchi, “prince des faussaires”

Il suffit de prononcer son nom pour percevoir déjà le génie de ce curieux personnage : Wolfgang Beltracchi. Sous ses allures de hippie, celui qui se fait appeler le « prince des faussaires » a imité Ernst, Dufy, Matisse, Derain, Van Dongen et bien d’autres au fil d’un parcours fascinant. Il fallait qu’on vous le présente pour parfaire le tableau de famille... Voici donc l'histoire des Beltracchi dans la continuité de notre série de portraits, #IntoForgery.

 Les Bonnie and Clyde de la peinture? Wolfgang et Hélène se rencontrent en 1992 et sous leurs faux airs de hippies, se cache une redoutable machine à faux.  Crédits : DR

Les Bonnie and Clyde de la peinture? Wolfgang et Hélène se rencontrent en 1992 et sous leurs faux airs de hippies, se cache une redoutable machine à faux. Crédits : DR

 

Né en Allemagne sous le nom de Wolfgang Fischer, Beltracchi est initié à l’art par son père qui restaurait des œuvres dans des églises. Tout part d’un défi qu'il lui lance un jour, sur le ton de la plaisanterie : « tu ne saurais pas capable de reproduire un Picasso ». Non seulement il en a été capable, mais il a révélé ce jour là son talent. Ce sera le déclencheur d’un destin hors du commun, celui de faussaire.

Les Bonnie and Clyde de l’art

Mais derrière tout grand homme, se cache une femme, et Beltracchi n’officie pas seul : il forme avec son épouse Hélène (dont il a emprunté le nom) un vrai couple de cinéma hollywoodien : les Bonnie and Clyde de l’art. En les observant, on constate une complicité totale tant affective que professionnelle : tandis que Wolfgang joue le rôle du faussaire, Hélène incarne à merveille la marchande d’art, et forment à eux deux un binôme redoutable. Ils mettent en place une des plus grandes arnaques de l’histoire du marché de l’art qui durera des années avant d'être découverte...

Si j’avais voulu ne faire que de d’argent, j’aurais pu peindre 2 000 toiles. Je n’en ai fait que 300 en quarante ans [...] parce que c’était le but ; m’approprier l’écriture d’un artiste, juste une fois, et qu’un expert avalise ma création.
 Devant de faux Beckmann, Matisse et Kandinsky | Source : Paris Match |   Crédits : Baptiste Girourdon

Devant de faux Beckmann, Matisse et Kandinsky | Source : Paris Match |  Crédits : Baptiste Girourdon

“Il a été plusieurs”

La clé de la réussite dans cette pièce bien orchestrée, c’est d’abord la capacité de Beltracchi à incarner plusieurs rôles. A se fondre si bien dans le style d’un autre qu’il parvient à faire croire à des oeuvres inédites.

Pour lui, chaque peintre a une écriture personnelle qui selon lui « vient du temps, du mouvement, lent ou rapide », et là où réside sa plus grande fierté, c’est lorsqu’il parvient à reproduire cette patte. Il confie « lorsque j’examine une toile, après m’être imprégné de l’univers de l’artiste, je peux assimiler cette écriture. Comment ? Je ne suis jamais parvenu à l’expliquer. Ce que je sais, c’est que je crée dans le même temps que le peintre. Je peux dire s’il a passé sur sa toile une heure ou une semaine, s’il a fait une pause. » Pour ce faire, il s’instruit énormément et reproduit les habitudes de vie des artistes qu’il imite, jusqu’à ce qu’il se mette à penser et à peindre comme eux. Wolfgang ironise même en songeant à son épitaphe. Sur sa tombe, il fera inscrire les mots suivant : « Il a été plusieurs. »

Aussi, lorsqu’on lui demande s’il est faussaire, Wolfgang nie, car ses œuvres n’existaient pas avant lui. Il produit les tableaux que d’autres n’ont jamais réalisés, ou fait revivre, à sa façon, des œuvres disparues. Peut-être même mieux. « J'ai toujours essayé de faire un peu mieux que l'artiste lui-même », dit-il sans une once modestie.

Fin de partie, nouveau départ

Encore aujourd’hui, des collectionneurs possèdent des tableaux Beltracchi qu’ils savent être faux sans pourtant vouloir les déclarer comme tels. Certains les ont même revendus à d’autres amateurs, et le plus étonnant est que les prix ne cessent de grimper.

Une course s’est engagée entre nous et les faussaires. D’ici dix ou quinze ans, avec le matériel dont nous serons dotés, nous la gagnerons sans problème
— Stefan Simon, Rathgen Research Laboratory

Source : Beltracchi, the Art of Forgery | Arne Birkenstock documentary

 

Une erreur de peinture a finalement mis un terme à la cavalcade du duo Beltracchi et le couple s’en est tiré avec quelques années de prison et une amende de 20 millions de dollars. Mais Hélène et Wolfgang ne semblent pas s’en préoccuper plus que ça, car ironie de l’histoire, leur célébrité leur permet aujourd’hui de vendre presque aussi bien leurs faux, que les tableaux signés de son nom.

« Une course s'est engagée entre nous et les faussaires, explique Stefan Simon, directeur du laboratoire qui a démasqué la supercherie sur une toile présumée de Campendonk. "D'ici dix ou quinze ans, avec le matériel dont nous serons dotés, nous la gagnerons sans problème". En attendant, le couple vit à Cologne, en semi-liberté.

Et c'est sûrement le cas de dizaines et de dizaines d'oeuvres de ces maîtres de la peinture et de l’art du mensonge. 

40 ans d’originalité : Happy birthday Beaubourg !

Des tuyaux multicolores, un escalator en zigzag, une architecture audacieuse, ça vous dit quelque chose ? Et oui, cette année le Centre Pompidou souffle ses quarante bougies et l'émotion est bien là. Après un Week-End de fête au quatre coins du pays, nous avions envie de vous raconter une histoire méconnue, celle d’une arnaque qui n’a pas eu lieu. 

40 années d'originalité sans un seul faux pas : il fallait le faire. Alors de tout coeur, joyeux anniversaire Beaubourg!

#BeaubourgIsReal

C'est à un politique français, Georges Pompidou, qu'on doit le célèbre bâtiment aux conduits multicolores. Grand amateur d'art moderne, ce Président de la Vè République avait souhaité construire cette immense structure sur le plateau Beaubourg, au cœur de la capitale. Sa volonté était plutôt ambitieuse : créer à la fois un musée mais aussi un centre de création mixant arts-plastiques, musique, cinéma ou encore littérature. Et laisser sa trace. Il allait mourir avant que le musée ne voit le jour.

40 ans d'originalité, ça se fête ! Happy Birthday Beaubourg

C'est donc le 31 juillet 1977 que Beaubourg avec ses quelques 120 000 œuvres ouvre ses portes, précédé déjà de plusieurs mois de polémique. Le succès est retentissant : le jour de l'ouverture, l'affluence est telle que des milliers de parisiens et de visiteurs étrangers envahissent le bâtiment, allant jusqu'à devoir emprunter les escaliers de secours. Qui l'eut cru ? Car Beaubourg a bien failli ne jamais voir le jour.

Beaubourg ou le lieu qui avait réussi à faire l’unanimité… CONTRE lui

Ca va faire criser.
— Georges Pompidou au sujet du futur Centre

Tout commence lors du concours d'architecture international lancé dans les années 1970, auquel plus de 600 architectes répondent. Et qui sera l'heureux élu ? Le projet de Renzo Piano et Richard Rogers bien sûr : ce bâtiment flanqué de tuyaux colorés et d'escalators tubulaires, reconnaissable entre tous.

Céline Condorelli, Les Batailles du Centre (The Centre Wars), 2011 | Source : So-called Utopia

Aujourd’hui les parisiens ne sont pas peu fiers de leur usine à gaz, mais à l’époque les critiques sont acerbes : "raffinerie", “verrue”  ou "Notre-Dame de la tuyauterie"... les surnoms pleuvent chez les riverains comme chez les associations d'architectes, qui désignent l’édifice comme “l’architecture du mal”. Jean d'Ormesson se fend d'une tribune qui fera date.

C’est atroce. On dirait une usine, un paquebot, une raffinerie. Une espèce d’écorché monstrueux et multicolore, avec ses tripes à l’air
— Jean d'Ormesson, 31 janvier 1977

Mais sur le plan des collection aussi, les débuts du tout jeune Centre Pompidou n'ont pas été roses. Le Centre fait face à une affaire des plus embarrassantes en 1978, un an à peine après son inauguration. Que s'est-il réellement passé ?

L'affaire des faux Mondrian déjoués par Beaubourg

Beaubourg n'avait à l’époque qu'un seul et unique Mondrian acheté pour 400 000$ en 1976, lorsqu'on lui propose d’enrichir son fonds de trois œuvres supplémentaires moyennant 6 millions de francs. Une aubaine. En plus, tout le monde les trouve très beaux.

L'affaire des faux Mondrian refusés par Beaubourg | Crédits Seezart

Une oeuvre a une histoire, d’anciens propriétaires, elle a été exposée, et tout cela laisse des traces
— Le Monde, 01/02/2008

Les conservateurs se jettent sur l'occasion et l’acquisition est votée, mais au fur-et-à-mesure qu’avancent les tractations, on commence à trouver bizarre que ces tableaux n’aient pas de pedigree. Quant à cette mystérieuse Madame Verdet - une vendeuse dont on ne sait rien mais qui n’a rien d’une collectionneuse - n’est-ce pas là un autre élément troublant ? “Une oeuvre a une histoire, d'anciens propriétaires, elle a été exposée, et tout cela laisse des traces”. Et celles-ci n'en ont pas.

Pour le Centre Pompidou, ces signaux vont à l’encontre du bon sens et du sérieux dont doit faire preuve une institution comme la leur. Le musée choisit de suspendre l'achat et d’attaquer le vendeur en justice. Et ce qu'il ressort des expertises n'est pas très positif... Les deux tableaux respectivement datés de 1915 et 1921 n'avaient été fabriqués qu'après 1932 et étaient en vérité des faux. Le doute qui avait saisi Pompidou était donc tout à fait fondé et le Centre a réussi à se retirer de la vente...

Conversation | Composition en rouge, bleu et blanc II, 1937© Adagp Paris © photo : Manuel Braun

 

Ouf ! Deux faux qui étaient sur le point d’entrer dans les collections publiques ont été écartés de justesse. Bravo au Centre pour sa vigilance. Mais l’histoire ne nous dit pas combien ont réussi.

#BeaubourgYouRock #CentrePompidou40 #StayReal

Richard Prince, l’artiste qui reniait son art au profit de son intégrité

Début janvier 2017, en plein tsunami Trump, voilà que Richard Prince refait parler de lui en commettant un acte artistico-politico-médiatique totalement inédit. Prince, peintre et photographe américain bien connu, est l’un des "killers" de l’appropriation art, cette tendance controversée à la réutilisation des créations d’autrui. Sa pratique ? Se réapproprier des clichés, les re-photographier, les recadrer et les signer de son nom. Une technique censée être illégale à l’utilisation...

 « Ce n'est pas mon travail. Je ne l'ai pas fait. Je démens. Je dénonce. Ceci est un faux » - a tweeté l'artiste

 

Suite à l’élection de Trump qui a massivement révolté la sphère artistique américaine, l’artiste a provoqué un nouveau buzz en postant sur Twitter l’un de ses plus célèbres « New Portraits » Instagram, celui de la fille aînée du président Ivanka, en l’associant d’un commentaire assassin : “This is not my work. I did not make it. I deny. I denounce. This fake art”

#DearIvanka

Aujourd’hui Ivanka Trump se retrouve dans une situation pour le moins inconfortable. Car la petite fille chérie du nouveau président est une grande collectionneuse et entretient des liens ténus avec l’écosystème arty.

Ivanka Trump devant une oeuvre d'Alex DaCorte | Cortesy IvankaTrump for Artnet

En se photographiant régulièrement devant ses oeuvres de Cy Twombly, Alex Israel et Christopher Wool, elle était devenue l’égérie d’un milieu artistique qui l’implore aujourd’hui de raisonner son père, notamment sur les questions sensibles d'immigration et de droits en matière de procréation (la campagne #DearIvanka).

Une partie se retourne aussi violemment contre elle à l’image de Richard Prince, d’Alex da Corte ou du célèbre critique d’art Jerry Saltz. 

“Please get my work off of your walls”
— Alex da Corte à Ivanka Trump, via @Instagram

Le 12 janvier, via un habile numéro de passe-passe médiatique, Prince a donc publiquement renié sur Twitter son portrait d’Ivanka - qui était en fait un selfie, mais qu’il s’était approprié, avant de le lui vendre… vous me suivez?

Un duel démarre par réseaux sociaux interposés

 

#NotMyArt

Prince a donc proposé de rembourser à la concernée les 36 000 $ que lui avait coûté sa propre photo. « Ce n’est pas mon travail. Je ne l’ai pas fait. Je proteste. Je le dénonce. C’est un faux. » a t'il déclaré sur le réseau social.

Le mouvement contestataire des artistes collectionnés par Trump ne fait que grandir depuis que la jeune femme a exprimé sa participation dans le gouvernement de son père. Les artistes ne veulent d’aucune façon être associés à la famille Trump, et ils ont tout bonnement demandé à l’amatrice d’art contemporain de retirer leurs œuvres de chez elle.

Manifestation à NY à l'attention d'Ivanka Trump | Courtesy of Dear Ivanka

Après l’affaire Doig (l'artiste sommé de prouver juridiquement qu’une oeuvre n’était pas la sienne), cette histoire d’arroseur-arrosé peut sembler cocasse. Mais cette affaire soulève une problématique importante : un artiste a t’il le droit de renier une oeuvre après l’avoir revendiquée? A-t-il une quelconque obligation morale quant à la vente son œuvre ? Pour Prince en tout cas, l’artiste qui danse depuis toujours sur la frontière entre usurpation et radicalité, ces questions sont une matière première inépuisable. Et chaque prise de parole est un geste artistique mûrement calculé.

Ce qui est sûr, c’est que ce scandale comme tous les autres, ne fait qu’accroître la visibilité de la famille Trump. Et pourrait bien donner à l’œuvre encore plus de valeur.

Brouillard d'Arles : 65 Van Gogh à l'authenticité contestée

Vincent Van Gogh est depuis des décennies au cœur des scandales du monde artistique. Le musée Van Gogh n'est pas sans responsabilité dans ces polémiques. Plusieurs cas d'authenticité contestée (Jardin à Anvers, Tournesols et même un Autoportraitont troublé la tranquillité de l'institution ces vingt dernières années.

Autoportrait, l'un des dessins à l'authenticité contestée - Collection particulière, Le Seuil

Mais aujourd’hui le débat ne porte pas sur une peinture mais sur un carnet, contenant 65 dessins attribués à l’artiste. Dans ce "brouillard" - le carnet de comptes d'un café qu'il fréquentait assidûement à la fin de sa vie - l'artiste aurait griffonné un ensemble de portraits et paysages inédits. Le désormais fameux  « Brouillard d’Arles » constituerait une trouvaille inespérée, car non recensé au catalogue raisonné du grand maître.

L’histoire commence en 2008 lorsque le commissaire priseur Frank Baille entend parler d’une femme possédant une œuvre de Vincent Van Gogh inédite. Intrigué, il lui rend visite et découvre d’autres œuvres de l’artiste, notamment un carnet de dessins accompagné du « livret de jour du café de la gare ». Le commissaire priseur fait alors appel à l’une des plus grandes spécialistes de Van Gogh, Bogomila Welsh, qui convoque un autre expert de renom, Ronald Pikvance.

Bogomila Welsh-Ovcharov

Les experts n'en croient pas leurs yeux. Après une étude approfondie, ils concluent que l’œuvre est bien de la main de l’artiste et demandent une dernière validation auprès du musée Van Gogh. Mais celui-ci refuse de certifier l’authenticité du carnet!

Instinctivement, j’ai d’abord refusé de croire à ce que j’avais sous les yeux. Mais, petit à petit, à mesure que je l’examinais de plus près, je fus subjuguée par une émotion inconnue
— Bogomila Welsh-Ovcharov

@Jacques Demarthon - AFP - 17 nov 2016

Selon le musée, plusieurs éléments démontrent qu’il s’agit d’un faux : une encre qui n’était pas utilisée par l’artiste, une erreur topographique ou encore un style qui ne correspond pas à l’évolution stylistique de Van Gogh à ce moment là. Mais le musée se prononce vite, et apprécie les oeuvres uniquement sur photo. Une nouvelle erreur de jugement ne serait pas impossible.  

Malgré les réserves des “savants de Hollande”, Bogomila Welsh et Franck Baille persistent et signent, et publient le carnet au Seuil. Sa sortie mondiale en novembre 2016 fait grand bruit et cristallise depuis les débats dans chacun des deux camps.

Ce n’est pas la première fois que le musée Van Gogh se trompe [...] Il faudrait un peu plus de modestie, un peu plus de respect.
— Bernard Comment, Editeur, Le Seuil

Bien sûr, cette découverte aurait une valeur inestimable au regard de l’histoire de l’art mais également du marché. Lorsque l’on sait que deux de ses œuvres ont été vendues respectivement 66 millions de dollars (« Allée des Alyscaps », 1888) et 54 millions de dollars (« Paysage sous un ciel mouvementé »,1889) en 2015 lors d’une même vente à New York,  on comprend les passionions autour d’une telle histoire !

Alors vrais ou faux? Au fond peu importe, ces 65 dessins font fantasmer tous les amoureux de Van Gogh et ont déjà vécu une destin hors du commun. Vincent si tu nous entends, donne nous la clef de l’énigme. En attendant, le débat continue...

Les Greenhalgh : L'association de malfaiteurs la plus insolite que le monde ait jamais connue

Tout commence dans les années 1990, à Bolton, une ville de la banlieue de Manchester. 
Une famille discrète y est installée mais ce n’est pas l’histoire d’un conte de fée qui y prend place, mais bien celle d’une famille de faussaires, qui réalise des chefs d’œuvres dans un simple abri de jardin.

C'est ici que tout s'est déroulé. La famille Greenhalgh vivait dans un modeste pavillon de la banlieue de Bolton, au nord de l'Angleterre.  

Chacun y joue un rôle important. Le père, George, est le cerveau de l’opération, mais également un spécialiste du mensonge pathologique, un mythomane hors pair. La mère, Olive, se procure des documents qui prouvent l’authenticité des œuvres. Reste le vrai faussaire de la bande, le fils, Shaun, autodidacte de génie, il arrête l’école à 16 ans et apprend au regard des livres d’art.

Shaun, Georges et Olive qui, pendant 17 ans, ont berné les plus grands musées du monde et les plus grandes maisons de vente aux enchères.

Une astuce simple mais intelligente associée à une chance incroyable permettent à la famille d’écouler sa marchandise. En effet, les productions du fils, ne sont pas des œuvres  « super star » de l’histoire de l’art, mais des œuvres disparues et peu connues du grand public.

Un autre facteur de leur réussite réside dans leurs deux arrestations manquées. En effet à deux reprises Scotland Yard est alerté.
En 1990, le marchand d’art Peter Nahum achète une toile à George Greenhalgh et se rend rapidement compte qu’il s’agit d’un faux, il contacte la police, qui ne donne pas suite à l’affaire par manque de moyen et de temps. Ils pensent également que c’est un acte isolé.
Le British Museum, en 1995, a aussi contacté Scotland Yard à l’égard de Mr Greenhalgh. Mais l’affaire est une nouvelle fois remise à plus tard.

Ce n’est qu’une dizaine d’années plus tard que les Greenhalgh vont commettre une erreur qui leur sera fatale, sur l’écriture cunéiforme d’un bas-relief assyrien, après avoir tenté d’en vendre deux à la maison de vente aux enchères Bonhams et au British Museum.
Cette fois-ci Scotland Yard intervient et perquisitionne le lieu du crime ou l’on découvre toutes les preuves de la création des faux : des livres, des répliques, des ustensiles… Tout cela dans une pauvreté et un capharnaüm extrême. Les Greenhalgh sont arrêtés. 

George Greenhalgh, lors de son arrivée au tribunal pour entendre sa condamnation le 28 janvier 2008. Screenshot issu du documentaire "Les Greenhalgh : entre mytomanie et génies"

Suite au procès on retrouve d’autres œuvres de la famille Greenhalgh ayant prit place dans les plus grands musées du monde comme l’Art Institute of Chicago, qui présenta pendant des années un « Faune » de Gauguin, qui est en réalité un « faux » Gauguin.  Shaun est condamné à
4 ans et demi de prison, et ses parents trop âgés sont acquittés.

"La Faune" de Gauguin

Outre la question morale, il faut bien reconnaître que Shaun est le faussaire le plus éclectique de l’histoire et un génie dans son domaine.

Les origines douteuses des Cranach, Gentileschi et Hals

La presse parle de faux, de corbeaux, d’experts, de collectionneurs, de Sotheby’s et du Louvre. Non nous ne sommes pas en pleine lecture d'un roman d’Agatha Christie mais bel et bien en plein coeur du monde de l’art.

Une lettre anonyme a déclenché l’enquête en mars dernier et au fur et à mesure que celle-ci avance, une véritable boîte de pandore se dévoile, un scénario incroyablement complexe où se trouvent mêlés des courtiers, des marchands, un ancien propriétaire, un prince, des avocats sortant le grand jeu, un possible faussaire de génie et pour la cerise sur la gâteau: un écrivain auteur d’un roman intitulé “Faussaire” dans lequel les noms des tableaux mis en examen sont curieusement cités…

Un des tableaux au coeur de l'affaire : "Vénus au voile" attribuée à Lucas Cranach, datée
« 1531 », collection princière du Liechtenstein,

Comment des tableaux, ayant pourtant transités entre les mains d’autant de personnalités du monde de l’art, ont pu passer entre les mailles du filet de l’authentification ? Et nous ne parlons pas de n’importe quels tableaux.
Il s’agit de trois tableaux, estimés à plusieurs millions d'euros,
qui étaient attribués à des maîtres de la peinture : Lucas Cranach l’Ancien, Frans Hals et Gentileschi.

Leur point commun ? Ils ont tous transité par Giuliano Ruffini, un collectionneur et amateur d’art italien, septuagénaire.

Ce sont les experts du Louvre qui ont authentifié le Hals et le ministère de la Culture qui l’a classé “trésor national”. On dit que la Vénus serait une copie du XVIIIe ? Je n’en sais rien, je n’ai pas accès à ces expertises ; quoi qu’il en soit, je n’ai jamais affirmé moi qu’il s’agissait d’un Cranach : ce sont les intermédiaires, les spécialistes et un marchand renommé qui ont avancé cette attribution.
— Giuliano Ruffini

La justice française enquête depuis mars dernier pour déterminer si les tableaux en question sont ou ne sont pas faux.

Le problème, en plus des doutes sur l’authenticité des tableaux, est que des grandes maisons de ventes aux enchères comme Sotheby’s ou encore de grands musées à la réputation internationale comme le Metropolitan de New York ou le Musée du Louvre se trouvent impliqués dans cette enquête : soit ils ont exposé ces tableaux, soit certains de leurs experts les ont reconnus comme authentiques. 

Ce tableau "Portrait d'homme" de Frans Hals, avait été authentifié comme un "véritable chef d'oeuvre" de la période tardive de Hals par un conservateur du Louvre, qui avait convaincu son musée d'essayer de l'acheter. 

Y’a t-il un seul et même faussaire capable de faire des Brueghel, des Velasquez, de Hals et des Greco ? Les experts des musées prestigieux et des maisons de vente aux enchères ont-ils leur part de responsabilité dans cette affaire ? Qui est ce mystérieux corbeau ?

Aujourd’hui, aucune décision judiciaire n’indique que ce sont des faux. Mais le soupçon, c’est que tout cela proviendrait d’un atelier de fabrication situé dans le Nord de l’Italie. Un analyse poussée réalisée au laboratoire du Louvre montre que le pseudo Cranach pourrait être une contrefaçon moderne, chauffée dans un four à pizza pour être artificiellement vieillie.
— Vincent Noce, Journaliste pour France Culture / Le Journal de la Culture du 05-10-16

Une chose est sûre : cette affaire qui pourrait déboucher sur le plus gros scandale du siècle, nous démontre que la provenance est une donnée primordiale dans le monde de l’art.
L’enquête est loin d’être finie, à suivre...