Editos

Jeff Koons et Louis Vuitton ont plus d'un tour dans leur sac

Quand l’industrie du luxe et une star de l’artindex s'emparent de l’histoire de l’art, le chic n’est pas toujours au rendez-vous. C’est ce qu’on retiendra de cet incroyable featuring qu’est “Masters”, la nouvelle collection de sacs signée Jeff Koons et Louis Vuitton. 

Aussi, à grands renforts de tweets et de hashtags #LVxKoons, la sacro-sainte salle de la Joconde a accueilli au Louvre, lundi 11 avril, tout un parterre de stars, pour le dîner de lancement de la sulfureuse collection. 

Résultat? Des sacs un poil kitsch (à moins d'aimer vraiment les dorures et les tons arc en ciel) au motif de cinq tableaux de maîtres, méticuleusement choisis pour déchaîner les passions : la ­Joconde de Léonard de Vinci, La Chasse au tigre de Rubens, La Gimblette de Fragonard, Champ de blé avec cyprès de Van Gogh et Mars, Vénus et Cupidon du Titien. Les fashionistas sont prévenues. Il va falloir réviser son Gombrich.

Maintenant que vous trépignez d'envie de connaître la démarche artistique sous-jacente, la voici. Koons est parti de « Gazing Ball paintings » déjà présentée chez Gagosian à New-York en 2015, une série reprenant des chefs d’oeuvre de l’histoire de l’art, minutieusement reproduits par son atelier, et augmentés d'une balle bleue réfléchissante. Il y ajoute son monogramme, mixe le tout avec l'univers de Vuitton et décline la chose en sacs et en foulards. "Le véritable propos des "Gazing Balls paintings", c'est de nous apprendre à aimer des choses qui appartiennent au passé."

Bref. On n'est plus obligés de shopper dans les boutiques de musées, et ça c'est une bonne nouvelle.

 Crédits : Lewis Mirett | Jeff Koons, dans son studio à New York, présente un sac Speedy, et un sac Montaigne (à gauche), issus de la collection « Masters » via @madamefigaro

Crédits : Lewis Mirett | Jeff Koons, dans son studio à New York, présente un sac Speedy, et un sac Montaigne (à gauche), issus de la collection « Masters » via @madamefigaro

Née pour être un hit

Ce n’est pas la première fois que la marque a recours à la patte d’un artiste. Pour redonner un vernis de culture cultivée à son luxe jugé trop pop, Louis Vuitton a fait appel à Takashi Murakami, Yayoi Kusama, Richard Prince ou Stephen Sprouse par le passé, et chacune des collaboration a systématiquement fait le buzz. Cette collection va-t-elle connaître la même destinée?

A écouter le discours de Jeff Koons - léché, précieux, enthousiaste - sur le fait que "porter un sac, c’est célébrer l’humanité", on est quand même perplexes... Heureusement, le clip vidéo (sur l'excellent son Jesse Rose, Chocolate) balaye nos derniers doutes.

“What this series Gazing ball paintings is really about, is how to have appreciation for things that came before. [...] I hope that when somebody walks down the street with one of these bags, what they are doing is celebrating humanity. And I want it to become art. I believe that these bags, are art.”
— Jeff Koons

Fashion x Art = une profitable équation. Jeff Koons en compagnie de Delphine Arnault. La fille du célèbre collectionneur et homme d'affaires est aujourd'hui DGA de la griffe.

Miroir, mon beau miroir

Bref, la marque au monogramme n’en finit plus de se mettre en scène et voudrait bien qu'on la considère un peu pour sa radicalité. On ne sait plus trop si c'est du cynisme ou de l'autodérision, mais ce qui est certain, c'est que le marketing de l'art atteint ici des sommets : “Louis Vuitton est une marque transgressive depuis ses origines.“ déclare Michael Burke, Président de la Maison de mode Louis Vuitton. Il continue avec le même enthousiasme : “Aujourd’hui, nous vivons une période ultracréative, d’ouverture entre les arts, la musique, le design, l’architecture, le sport… Les frontières culturelles et les dogmes se sont effondrés”. Providentiel et lucratif : un sac "Masters" coûte 2100€ contre seulement 760€ pour sa version classique. #pasassezchermonfils

Laid ou Kawaï ?

Si vous voulez notre avis, le résultat est tout à fait pittoresque. Laid ou Kawai... à moins que ce ne soit les deux. Le mélange fait penser aux horribles copies qu'on trouve aux abords du Louvre dans les boutiques pour touristes. Sans crier gare, un souvenir de cours d'histoire de l'art remonte à la surface... C'était pas ça, le sublime, justement ? : P

En résumé : Da Vinci est le nouveau Duchamp.Les artistes sont des marques. Les sacs sont de l’art... Et l'importance de tout ça est assez relative.

7 actus qui ont marqué l'année artistique 2016

2016 is over! C’est l’occasion de se remémorer les événements qui ont marqué l’année. Dernier coup d’oeil dans le rétro avant de sauter à pieds joints dans 2017...

Richard Prince relance le débat sur l’appropriation

La série « New Portraits » de Richard Prince exposée à la galerie Gagosian en 2014


En 2016, s’approprier le travail d’autrui est une activité très lucrative : elle rapporterait à l’artiste Richard Prince pas moins de 100 000$ par oeuvre grâce au génie d’Instagram et de ses contributeurs. En contrepartie, Prince aura malheureusement passé beaucoup de temps au tribunal surtout pour sa série « New Portraits » exposée à la galerie Gagosian en 2014 : 38 captures d’écran Instagram, agrandies et signées par l’artiste, accompagnées des likes et des commentaires des photos d’origine.

Pour montrer le narcissisme de la société sans doute? Ce qui est sûr, c’est que ces procès participent pleinement au succès de l’appropriation art.

Une succession Picasso au coeur des convoitises

 La fille adoptive de Picasso estla victime de plusieurs affaires de vol

La fille adoptive de Picasso estla victime de plusieurs affaires de vol

A sa mort, Picasso a laissé dans son atelier un stock d”oeuvres vertigineux : des milliers de peintures, dessins, céramiques, sculptures, gravures et lithographies. C’est sa fille adoptive Catherine Hutin-Blay qui se retrouve à la tête de cette quantité astronomique d’oeuvres. Abusée par un jardinier sexagénaire du nom de Freddy Munchenbach, plusieurs centaines de Picasso lui sont dérobées et réinjectées sur le marché via un réseau complexe d’intermédiaires qu’elle combat en justice. 2016 aura aussi été l’année du procès du couple Le Guennec qui s’occupait lui aussi de la propriété du peintre.
Espérons qu’en 2017 les collectionneurs et héritiers prendront leurs précautions... Rien n'est plus triste que de voir la mémoire d'un artiste bafouée.

Lady Gaga vole la vedette à Orlan

Orlan contre Gaga : le procès du futur

En juillet, le Body Art d’Orlan se confrontait à l’extravagance de la chanteuse Lady Gaga. Dans son clip Born this way, celle-ci avait rendu hommage au travail « bizarre » et « fabuleux » d’Orlan en arborant des prothèses faciales, comme dans Bumpload et Woman with head, deux de ses œuvres les plus célèbres. Plagiat ou citation? Cela n’a en tout cas pas ravi l’artiste qui l’a attaquée en justice. “J’en ai assez de servir de R&D à lady Gaga » déclare Orlan.

Morale de l’histoire : si la création ne peut se faire sans inspiration, les limites sont souvent subtiles entre copie et interprétation.

Doig VS Doige : l'affaire de l'été

La toile incriminée, signée Peter Doige

Un peu plus tard cet été, un procès ubuesque a fait la une de la presse artistique et d'un compte Instagram, opposant le célèbre artiste Peter Doig et le propriétaire d’une oeuvre d’un certain “Peter Doige”, aujourd’hui décédé.  Au bout de 3 ans de bataille juridique et de 7 millions de frais d’avocats, Doig a finalement pu prouver que ce tableau n’était pas de sa main. Une histoire sans queue ni tête, dont le peintre écossais se serait sûrement bien passé!

Marie-Antoinette se dote chaises dernier cri

Les fausses chaises proposées à la vente au Château de Versaille

En juin, c’est le marché des meubles anciens qui est éclaboussé par le scandale. Avec la complicité des galeries Aaron et Kraemer, Bill Pallot un célèbre expert en mobilier XVIIIème siècle, a présenté à la vente de fausses chaises Marie Antoinette au Château de Versailles. Heureusement, l’institution échappe de justesse à la catastrophe et refuse de les acheter à cause de leur prix. « Si ce sont des faux, ce sont des faux rarissimes. [...] Si nous nous sommes fait abuser, personne d’autre dans le monde du mobilier XVIIIe n’aurait pu le déceler plus que nous ou la commission » confiait Laurent Kraemer au Quotidien de l’Art. La profession est en tout cas sérieusement touchée, et les deux galeries sont aussitôt déprogrammées de la Biennale des Antiquaires, qui s’est tenue à Paris cet automne.


Deux Van Gogh saisis chez la mafia italienne

 La poignée de main satisfaite du musée Van Gogh et des Carabinieri | Crédits @TheGuardian Ciro Fusco EPA

La poignée de main satisfaite du musée Van Gogh et des Carabinieri | Crédits @TheGuardian Ciro Fusco EPA

Après 14 ans de recherches assidues, 2 toiles de Van Gogh ont fini par être retrouvées cet automne en Italie. Elles avaient été volées en 2012 à Amsterdam et gisaient au fond de la villa d'un ancien trafiquant de drogue notoire, à Castellamare. Ce trésor - au demeurant invendable - était estimé à plus de 100 millions de dollars et figurait au top 10 des oeuvres les plus recherchées au monde sur le site du FBI. Belle prise! "C'est l'un des plus beaux jours du musée Van Gogh”. Pour l’institution d’Amsterdam, “un rêve devient réalité". 

Le mystère du Brouillard d'Arles

 65 dessins inédits de Van Gogh sèment le trouble au Musée Van Gogh

65 dessins inédits de Van Gogh sèment le trouble au Musée Van Gogh

Pour finir avec Van Gogh, un débat retentissant a éclaté en novembre autour de l’authenticité d’un carnet de 65 dessins inédits du maître hollandais : le Brouillard d’Arles. La découverte de ces croquis est authentifiée par deux des plus grands spécialistes de Van Gogh, Bogomila Welsh et Ronald Pikvance. Mais le musée Van Gogh d’Amsterdam les réfute. « Ces images contiennent des erreurs topographiques distinctes » affirme le musée. « [...] les dessins dans le carnet ont été exécutés dans une encre brunâtre et ce type d’encre n’a jamais été retrouvé dans des dessins de Van Gogh réalisés entre 1888 et 1890 ». La querelle est toujours en cours.

Espérons que 2017 jette la lumière sur l'ensemble de ces affaires!

Ingeniously fake : the most famous cases of scams in art history

Art has always been subject to envy and frauds : it therefore does not escape petty and large-scale crime. From Primitive Arts to the Renaissance and Flemish painting, Impressionism or Modern Art, from Sargon II to Napoleon Bonaparte, Alexander the Great,  Stalin Borgia and Goering, History and Art History are punctuated by incredible cases of frauds, looting and scams.

 

If forgery and handling of forged works of art have always been arousing fascination, it is because they meddle something sacred for us, and that they require both a large dose of talent and dishonesty... What are the most emblematic fraud and forgery cases that have marked History ?

Seezart wanted to tell you some of these anecdotes, that are often as entertaining as they are scaring... Becauseas far as fake and forgery are concerned, creativity and imagination are obviously endless!

Wishing you a nice trip into the most beautiful mirages of art history!

Génialement faux : les plus célèbres arnaques de l'histoire de l'art

L'art a toujours été l'objet de convoitises et de tromperies : il n'échappe ni à la petite ni à la grande délinquance. Des Arts premiers à la Renaissance en passant par la peinture flamande, l'impressionnisme ou l'art moderne, de Sargon II à Napoléon Bonaparte, d'Alexandre le Grand à Staline, de Borgia à Goering, l'histoire et l'histoire de l'art sont jalonnées d'affaires de faux, de pillages et d'escroqueries assez rocambolesques.  

 

Si les faux et le recel de faux suscitent la fascination, c'est parce qu'ils touchent à quelque chose de sacré en nous, et qu'ils exigent à la fois une grande dose de talent et de malhonnêteté... Quels sont les cas les plus savoureux qui ont marqué l'histoire? 

Seezart a eu envie de vous parler de ces anecdotes aussi incroyables qu'amusantes... parce qu'en la matière, créativité et imagination sont visiblement infinies!

Bon voyage parmi les plus beaux mirages de l'histoire de l'art.