40 ans d’originalité : Happy birthday Beaubourg !

Des tuyaux multicolores, un escalator en zigzag, une architecture audacieuse, ça vous dit quelque chose ? Et oui, cette année le Centre Pompidou souffle ses quarante bougies et l'émotion est bien là. Après un Week-End de fête au quatre coins du pays, nous avions envie de vous raconter une histoire méconnue, celle d’une arnaque qui n’a pas eu lieu. 

40 années d'originalité sans un seul faux pas : il fallait le faire. Alors de tout coeur, joyeux anniversaire Beaubourg!

#BeaubourgIsReal

C'est à un politique français, Georges Pompidou, qu'on doit le célèbre bâtiment aux conduits multicolores. Grand amateur d'art moderne, ce Président de la Vè République avait souhaité construire cette immense structure sur le plateau Beaubourg, au cœur de la capitale. Sa volonté était plutôt ambitieuse : créer à la fois un musée mais aussi un centre de création mixant arts-plastiques, musique, cinéma ou encore littérature. Et laisser sa trace. Il allait mourir avant que le musée ne voit le jour.

40 ans d'originalité, ça se fête ! Happy Birthday Beaubourg

C'est donc le 31 juillet 1977 que Beaubourg avec ses quelques 120 000 œuvres ouvre ses portes, précédé déjà de plusieurs mois de polémique. Le succès est retentissant : le jour de l'ouverture, l'affluence est telle que des milliers de parisiens et de visiteurs étrangers envahissent le bâtiment, allant jusqu'à devoir emprunter les escaliers de secours. Qui l'eut cru ? Car Beaubourg a bien failli ne jamais voir le jour.

Beaubourg ou le lieu qui avait réussi à faire l’unanimité… CONTRE lui

Ca va faire criser.
— Georges Pompidou au sujet du futur Centre

Tout commence lors du concours d'architecture international lancé dans les années 1970, auquel plus de 600 architectes répondent. Et qui sera l'heureux élu ? Le projet de Renzo Piano et Richard Rogers bien sûr : ce bâtiment flanqué de tuyaux colorés et d'escalators tubulaires, reconnaissable entre tous.

Céline Condorelli, Les Batailles du Centre (The Centre Wars), 2011 | Source : So-called Utopia

Aujourd’hui les parisiens ne sont pas peu fiers de leur usine à gaz, mais à l’époque les critiques sont acerbes : "raffinerie", “verrue”  ou "Notre-Dame de la tuyauterie"... les surnoms pleuvent chez les riverains comme chez les associations d'architectes, qui désignent l’édifice comme “l’architecture du mal”. Jean d'Ormesson se fend d'une tribune qui fera date.

C’est atroce. On dirait une usine, un paquebot, une raffinerie. Une espèce d’écorché monstrueux et multicolore, avec ses tripes à l’air
— Jean d'Ormesson, 31 janvier 1977

Mais sur le plan des collection aussi, les débuts du tout jeune Centre Pompidou n'ont pas été roses. Le Centre fait face à une affaire des plus embarrassantes en 1978, un an à peine après son inauguration. Que s'est-il réellement passé ?

L'affaire des faux Mondrian déjoués par Beaubourg

Beaubourg n'avait à l’époque qu'un seul et unique Mondrian acheté pour 400 000$ en 1976, lorsqu'on lui propose d’enrichir son fonds de trois œuvres supplémentaires moyennant 6 millions de francs. Une aubaine. En plus, tout le monde les trouve très beaux.

L'affaire des faux Mondrian refusés par Beaubourg | Crédits Seezart

Une oeuvre a une histoire, d’anciens propriétaires, elle a été exposée, et tout cela laisse des traces
— Le Monde, 01/02/2008

Les conservateurs se jettent sur l'occasion et l’acquisition est votée, mais au fur-et-à-mesure qu’avancent les tractations, on commence à trouver bizarre que ces tableaux n’aient pas de pedigree. Quant à cette mystérieuse Madame Verdet - une vendeuse dont on ne sait rien mais qui n’a rien d’une collectionneuse - n’est-ce pas là un autre élément troublant ? “Une oeuvre a une histoire, d'anciens propriétaires, elle a été exposée, et tout cela laisse des traces”. Et celles-ci n'en ont pas.

Pour le Centre Pompidou, ces signaux vont à l’encontre du bon sens et du sérieux dont doit faire preuve une institution comme la leur. Le musée choisit de suspendre l'achat et d’attaquer le vendeur en justice. Et ce qu'il ressort des expertises n'est pas très positif... Les deux tableaux respectivement datés de 1915 et 1921 n'avaient été fabriqués qu'après 1932 et étaient en vérité des faux. Le doute qui avait saisi Pompidou était donc tout à fait fondé et le Centre a réussi à se retirer de la vente...

Conversation | Composition en rouge, bleu et blanc II, 1937© Adagp Paris © photo : Manuel Braun

 

Ouf ! Deux faux qui étaient sur le point d’entrer dans les collections publiques ont été écartés de justesse. Bravo au Centre pour sa vigilance. Mais l’histoire ne nous dit pas combien ont réussi.

#BeaubourgYouRock #CentrePompidou40 #StayReal