Richard Prince, l’artiste qui reniait son art au profit de son intégrité

Début janvier 2017, en plein tsunami Trump, voilà que Richard Prince refait parler de lui en commettant un acte artistico-politico-médiatique totalement inédit. Prince, peintre et photographe américain bien connu, est l’un des "killers" de l’appropriation art, cette tendance controversée à la réutilisation des créations d’autrui. Sa pratique ? Se réapproprier des clichés, les re-photographier, les recadrer et les signer de son nom. Une technique censée être illégale à l’utilisation...

 « Ce n'est pas mon travail. Je ne l'ai pas fait. Je démens. Je dénonce. Ceci est un faux » - a tweeté l'artiste

 

Suite à l’élection de Trump qui a massivement révolté la sphère artistique américaine, l’artiste a provoqué un nouveau buzz en postant sur Twitter l’un de ses plus célèbres « New Portraits » Instagram, celui de la fille aînée du président Ivanka, en l’associant d’un commentaire assassin : “This is not my work. I did not make it. I deny. I denounce. This fake art”

#DearIvanka

Aujourd’hui Ivanka Trump se retrouve dans une situation pour le moins inconfortable. Car la petite fille chérie du nouveau président est une grande collectionneuse et entretient des liens ténus avec l’écosystème arty.

Ivanka Trump devant une oeuvre d'Alex DaCorte | Cortesy IvankaTrump for Artnet

En se photographiant régulièrement devant ses oeuvres de Cy Twombly, Alex Israel et Christopher Wool, elle était devenue l’égérie d’un milieu artistique qui l’implore aujourd’hui de raisonner son père, notamment sur les questions sensibles d'immigration et de droits en matière de procréation (la campagne #DearIvanka).

Une partie se retourne aussi violemment contre elle à l’image de Richard Prince, d’Alex da Corte ou du célèbre critique d’art Jerry Saltz. 

“Please get my work off of your walls”
— Alex da Corte à Ivanka Trump, via @Instagram

Le 12 janvier, via un habile numéro de passe-passe médiatique, Prince a donc publiquement renié sur Twitter son portrait d’Ivanka - qui était en fait un selfie, mais qu’il s’était approprié, avant de le lui vendre… vous me suivez?

Un duel démarre par réseaux sociaux interposés

 

#NotMyArt

Prince a donc proposé de rembourser à la concernée les 36 000 $ que lui avait coûté sa propre photo. « Ce n’est pas mon travail. Je ne l’ai pas fait. Je proteste. Je le dénonce. C’est un faux. » a t'il déclaré sur le réseau social.

Le mouvement contestataire des artistes collectionnés par Trump ne fait que grandir depuis que la jeune femme a exprimé sa participation dans le gouvernement de son père. Les artistes ne veulent d’aucune façon être associés à la famille Trump, et ils ont tout bonnement demandé à l’amatrice d’art contemporain de retirer leurs œuvres de chez elle.

Manifestation à NY à l'attention d'Ivanka Trump | Courtesy of Dear Ivanka

Après l’affaire Doig (l'artiste sommé de prouver juridiquement qu’une oeuvre n’était pas la sienne), cette histoire d’arroseur-arrosé peut sembler cocasse. Mais cette affaire soulève une problématique importante : un artiste a t’il le droit de renier une oeuvre après l’avoir revendiquée? A-t-il une quelconque obligation morale quant à la vente son œuvre ? Pour Prince en tout cas, l’artiste qui danse depuis toujours sur la frontière entre usurpation et radicalité, ces questions sont une matière première inépuisable. Et chaque prise de parole est un geste artistique mûrement calculé.

Ce qui est sûr, c’est que ce scandale comme tous les autres, ne fait qu’accroître la visibilité de la famille Trump. Et pourrait bien donner à l’œuvre encore plus de valeur.