Autoportrait d'un faussaire

C'est un concentré de talent, un catalyseur de génie qui s'est amusé toute sa vie à jouer les illusionnistes. Imaginez Picasso, Matisse, Chagall et Léger réunis en un seul homme... Le rêve de tout marchand peu scrupuleux.

Guy Ribes a revêtu une infinité de costumes au fil de sa carrière de faussaire, en écoulant pendant des années sur le marché ses vrais-faux tableaux de maîtres. "Durant près de 30 ans j'avais glissé mon style dans celui des autres. Mes mains et mes yeux avaient été ceux de Picasso, Renoir, Matisse ou encore Dali, par-celà leur mort. J'avais appris à dessiner comme eux, au point d'en oublier ma propre peinture et de me perdre dans les labyrinthes du faux."

Guy Ribes ©Annabelle Lisbona

Né près de Lyon, loin des salles de vente parisiennes et des salons mondains, rien ne le prédestinait pourtant à cet itinéraire hors-du-commun. Rien sinon ses talents pour le dessin, détectés par le Père Berger, un Jésuite de l'assistance publique à qui il est confié durant son enfance et qui lui fait tracer inlassablement des cercles et des carrés comme on fait ses gammes.

Le petit Guy va se construire tout seul et trouvera l'énergie pour y parvenir en lui-même, mais surtout dans ses crayons et son carnet à dessin.

“A la maison, il n’y avait ni livres, ni photos de voyage, ni objets d’art, et je n’entendais jamais parler de Mozart, encore moins de Matisse ou de Picasso.
— Guy Ribes, Autoportrait d'un faussaire

C'est le seul enseignement classique qu'il aura dans sa vie.  "Tout le reste - les techniques, de peinture, l'histoire de l'art et des artistes, les courants et les périodes - je l'ai appris bien plus tard, en rencontrant des maîtres qui ressemblaient à tout sauf à des professeurs des Beaux-Arts."

Guy Ribes ©Annabelle Lisbona

Sa mère sait que Guy est fait pour le dessin et pas pour autre chose. "C'est le destin. Tu as une étoile qui te protège." Elle repère un jour une petite annonce pour une place d'apprenti chez un soyer lyonnais. Guy remporte le test haut la main.

Il développera là-bas à force de rigueur et de travail son coup de pinceau parfait : un incomparable sens des couleurs et  de la ligne, capable de se fondre, jusqu'à les égaler, dans les univers picturaux des plus grands peintres d'avant-garde.

La suite est une succession de rencontres et d'histoires rocambolesques, car avec son talent, sa gouaille et son goût pour la flambe, Guy Ribes attire des personnages hauts en couleurs qui ne manqueront pas d'exploiter son don à des fins lucratives.

Pendant 10 ans j’avais travaillé pour une équipe qui utilisait mes talents de faussaire pour réaliser de grosses arnaques. Les tableaux partaient de mon atelier pour finir, au bout de la chaîne, chez des collectionneurs dupés, voire en salle des ventes chez Drouot ou Sotheby’s. Cela ne pouvait que mal finir.
— Guy Ribes, Autoportrait d'un faussaire

Guy Ribes ©Annabelle Lisbona

 

De l'ascension à la chute, de l'ivresse des premiers coups à l'amertume de l'anonymat, cette personnalité attachante, véritable héro de roman, raconte son parcours dans une autobiographe passionnante que Seezart vous recommande vivement!

Aujourd'hui, Guy se dédie enfin à sa propre peinture et affirme volontiers qu'il n'est réellement devenu peintre que le jour de son arrestation. Comme si celle-ci avait finalement constitué un soulagement.

La suite reste à inventer, car avec sa créativité et son énergie à revendre, l'artiste n'a pas fini de nous étonner. Promis, nous irons bientôt à sa rencontre pour profiter de son regard unique sur le marché de l'art et ses rouages.

Guy Ribes et Jean-Baptiste Pérétié; Autoportrait d'un faussaire. Presses de la Cité, 2015.

A voir également en replay, le portrait réalisé dans le cadre de l'émission Télématin