Brouillard d'Arles : 65 Van Gogh à l'authenticité contestée

Vincent Van Gogh est depuis des décennies au cœur des scandales du monde artistique. Le musée Van Gogh n'est pas sans responsabilité dans ces polémiques. Plusieurs cas d'authenticité contestée (Jardin à Anvers, Tournesols et même un Autoportraitont troublé la tranquillité de l'institution ces vingt dernières années.

Autoportrait, l'un des dessins à l'authenticité contestée - Collection particulière, Le Seuil

Mais aujourd’hui le débat ne porte pas sur une peinture mais sur un carnet, contenant 65 dessins attribués à l’artiste. Dans ce "brouillard" - le carnet de comptes d'un café qu'il fréquentait assidûement à la fin de sa vie - l'artiste aurait griffonné un ensemble de portraits et paysages inédits. Le désormais fameux  « Brouillard d’Arles » constituerait une trouvaille inespérée, car non recensé au catalogue raisonné du grand maître.

L’histoire commence en 2008 lorsque le commissaire priseur Frank Baille entend parler d’une femme possédant une œuvre de Vincent Van Gogh inédite. Intrigué, il lui rend visite et découvre d’autres œuvres de l’artiste, notamment un carnet de dessins accompagné du « livret de jour du café de la gare ». Le commissaire priseur fait alors appel à l’une des plus grandes spécialistes de Van Gogh, Bogomila Welsh, qui convoque un autre expert de renom, Ronald Pikvance.

Bogomila Welsh-Ovcharov

Les experts n'en croient pas leurs yeux. Après une étude approfondie, ils concluent que l’œuvre est bien de la main de l’artiste et demandent une dernière validation auprès du musée Van Gogh. Mais celui-ci refuse de certifier l’authenticité du carnet!

Instinctivement, j’ai d’abord refusé de croire à ce que j’avais sous les yeux. Mais, petit à petit, à mesure que je l’examinais de plus près, je fus subjuguée par une émotion inconnue
— Bogomila Welsh-Ovcharov

@Jacques Demarthon - AFP - 17 nov 2016

Selon le musée, plusieurs éléments démontrent qu’il s’agit d’un faux : une encre qui n’était pas utilisée par l’artiste, une erreur topographique ou encore un style qui ne correspond pas à l’évolution stylistique de Van Gogh à ce moment là. Mais le musée se prononce vite, et apprécie les oeuvres uniquement sur photo. Une nouvelle erreur de jugement ne serait pas impossible.  

Malgré les réserves des “savants de Hollande”, Bogomila Welsh et Franck Baille persistent et signent, et publient le carnet au Seuil. Sa sortie mondiale en novembre 2016 fait grand bruit et cristallise depuis les débats dans chacun des deux camps.

Ce n’est pas la première fois que le musée Van Gogh se trompe [...] Il faudrait un peu plus de modestie, un peu plus de respect.
— Bernard Comment, Editeur, Le Seuil

Bien sûr, cette découverte aurait une valeur inestimable au regard de l’histoire de l’art mais également du marché. Lorsque l’on sait que deux de ses œuvres ont été vendues respectivement 66 millions de dollars (« Allée des Alyscaps », 1888) et 54 millions de dollars (« Paysage sous un ciel mouvementé »,1889) en 2015 lors d’une même vente à New York,  on comprend les passionions autour d’une telle histoire !

Alors vrais ou faux? Au fond peu importe, ces 65 dessins font fantasmer tous les amoureux de Van Gogh et ont déjà vécu une destin hors du commun. Vincent si tu nous entends, donne nous la clef de l’énigme. En attendant, le débat continue...