Les origines douteuses des Cranach, Gentileschi et Hals

La presse parle de faux, de corbeaux, d’experts, de collectionneurs, de Sotheby’s et du Louvre. Non nous ne sommes pas en pleine lecture d'un roman d’Agatha Christie mais bel et bien en plein coeur du monde de l’art.

Une lettre anonyme a déclenché l’enquête en mars dernier et au fur et à mesure que celle-ci avance, une véritable boîte de pandore se dévoile, un scénario incroyablement complexe où se trouvent mêlés des courtiers, des marchands, un ancien propriétaire, un prince, des avocats sortant le grand jeu, un possible faussaire de génie et pour la cerise sur la gâteau: un écrivain auteur d’un roman intitulé “Faussaire” dans lequel les noms des tableaux mis en examen sont curieusement cités…

Un des tableaux au coeur de l'affaire : "Vénus au voile" attribuée à Lucas Cranach, datée
« 1531 », collection princière du Liechtenstein,

Comment des tableaux, ayant pourtant transités entre les mains d’autant de personnalités du monde de l’art, ont pu passer entre les mailles du filet de l’authentification ? Et nous ne parlons pas de n’importe quels tableaux.
Il s’agit de trois tableaux, estimés à plusieurs millions d'euros,
qui étaient attribués à des maîtres de la peinture : Lucas Cranach l’Ancien, Frans Hals et Gentileschi.

Leur point commun ? Ils ont tous transité par Giuliano Ruffini, un collectionneur et amateur d’art italien, septuagénaire.

Ce sont les experts du Louvre qui ont authentifié le Hals et le ministère de la Culture qui l’a classé “trésor national”. On dit que la Vénus serait une copie du XVIIIe ? Je n’en sais rien, je n’ai pas accès à ces expertises ; quoi qu’il en soit, je n’ai jamais affirmé moi qu’il s’agissait d’un Cranach : ce sont les intermédiaires, les spécialistes et un marchand renommé qui ont avancé cette attribution.
— Giuliano Ruffini

La justice française enquête depuis mars dernier pour déterminer si les tableaux en question sont ou ne sont pas faux.

Le problème, en plus des doutes sur l’authenticité des tableaux, est que des grandes maisons de ventes aux enchères comme Sotheby’s ou encore de grands musées à la réputation internationale comme le Metropolitan de New York ou le Musée du Louvre se trouvent impliqués dans cette enquête : soit ils ont exposé ces tableaux, soit certains de leurs experts les ont reconnus comme authentiques. 

Ce tableau "Portrait d'homme" de Frans Hals, avait été authentifié comme un "véritable chef d'oeuvre" de la période tardive de Hals par un conservateur du Louvre, qui avait convaincu son musée d'essayer de l'acheter. 

Y’a t-il un seul et même faussaire capable de faire des Brueghel, des Velasquez, de Hals et des Greco ? Les experts des musées prestigieux et des maisons de vente aux enchères ont-ils leur part de responsabilité dans cette affaire ? Qui est ce mystérieux corbeau ?

Aujourd’hui, aucune décision judiciaire n’indique que ce sont des faux. Mais le soupçon, c’est que tout cela proviendrait d’un atelier de fabrication situé dans le Nord de l’Italie. Un analyse poussée réalisée au laboratoire du Louvre montre que le pseudo Cranach pourrait être une contrefaçon moderne, chauffée dans un four à pizza pour être artificiellement vieillie.
— Vincent Noce, Journaliste pour France Culture / Le Journal de la Culture du 05-10-16

Une chose est sûre : cette affaire qui pourrait déboucher sur le plus gros scandale du siècle, nous démontre que la provenance est une donnée primordiale dans le monde de l’art.
L’enquête est loin d’être finie, à suivre...