Suite Picasso

"Death means a lot of money, honey”*. Quand on est un artiste, on suscite parfois plus d’intérêt après sa mort que de son vivant. La disparition de Picasso ne pouvait que déclencher un tsunami d'affaires de vols et de gros sous... 40 ans après sa mort, sa succession est devenu un cas d'école.

Il faut dire que le stock retrouvé dans son atelier en 1973 était vertigineux : 1 885 peintures, 7 089 dessins, 2 800 céramiques, 1 228 sculptures, près de 10 000 gravures et lithographies. Pas étonnant que certains aient été tentés de faire passer quelques faux dans l’inventaire!

Ces dernières années, c’est la fille adoptive de Picasso Catherine Hutin-Blay qui s'est retrouvée bien malgré elle victime de filières parfaitement rodées, raconte le Parisien.

Credits Edward Quinn | Le Parisien, On m'a volé 400 Picasso

Catherine, c’est la fille de la seconde épouse de Picasso Jacqueline. Elle a vécu 20 ans auprès de celui qu’elle nomme son “père de lait” mais n’en est pas l’héritière directe. Tout se complique du jour au lendemain lorsqu’elle se retrouve à la tête d’une collection privée inestimable, au décès de sa mère, et se met à attirer comme des mouches des personnes plus ou moins bien intentionnés...

Picasso et Jacqueline Roque, la mère de Catherine Hutin-Blay | Credits : Artfixdaily

Le premier est Freddy Munchenbach, l’homme de confiance de sa voisine Sylvie Baltazart-Eon (elle-même héritière du grand marchand d’art Maeght. Ce sympathique sexagénaire qui jardine chez les dames des beaux quartiers se fait embaucher pour quelques travaux par Catherine Hutin-Blay. Il ne tarde pas à réaliser l’aubaine et fait aussitôt réaliser un double des clés...

Entre 2005 et 2007, Freddy Munchenbach aurait dérobé plusieurs centaines d’œuvres. Et vu la quantité de pièces qui dormaient chez elle, elle aurait tout aussi bien pu ne jamais le savoir.

“En 2011, une grande galerie a mis des dessins en vente et a contacté la Picasso Administration, qui m’a prévenue. Ils m’ont demandé si je connaissais quatre de ces dessins. Je suis alors allée consulter mon ordinateur, où tout est répertorié [...] J’ai voulu vérifier que les œuvres étaient là, rangées dans leurs classeurs, sous papier non acide : elles n’y étaient plus !”
— Catherine Hutin-Blay, dans une interview en 2013 pour le Parisien

Mais comme dans tout crime organisé, le voleur n’est rien sans un bon receleur et quelques intermédiaires. On trouve ainsi parmi les protagonistes toute une galerie de personnages :

  • un cafetier inspiré qui va faire les présentations,

  • un « fourgue », l’imprimeur lithographe Toni Celano qui rachète à Freddy les oeuvres pour les revendre à une galerie

  • Anne Pfeffer, la galeriste de la rue de Seine qui rachète les oeuvres sans facture et reverse un pourcentage à ce joli petit monde.

On parle de plus de 400 oeuvres…  

“Tout ça, c’est extraordinairement douloureux ! Et pas pour les répercussions économiques que l’on pourrait imaginer…“
— Catherine Hutin-Blay, interviewée par le Parisien

En 2015, Catherine Hutin-Blay a aussi découvert par voie de presse que deux portraits de sa mère se trouvaient au coeur d’une affaire d’escroquerie opposant le magnat des Ports-Francs Yves Bouvier, et son client le milliardaire Russe Rybolovlev. C’est le coup de grâce…

On espère au moins que cette histoire servira de leçon aux collectionneurs et aux héritiers insouciants, car rien n'est plus triste que voir la mémoire d’un grand artiste ainsi bafouée. #NeverAgain !

#ProvenanceMatters #TraceYourArtworks #Seezart

*Andy Warhol